Médecines douces, corps et psychothérapie : se sentir mieux… pour aller mieux ?

Massage, sophrologie, shiatsu, acupuncture, reiki, méditation, réflexologie… Les pratiques dites de « médecine douce » ou de « médecine alternative » occupent aujourd'hui une place importante dans la recherche de mieux-être… avec des effets discutables et discutés dans la communauté scientifique. Mais là n’est pas mon propos.
Le ministère de la Santé préfère parler de pratiques non conventionnelles en santé (PNCS) : des pratiques très diverses, ne bénéficiant pas toutes du même niveau de validation scientifique et qui ne doivent pas se substituer à une prise en charge médicale lorsqu'elle est nécessaire !
Mais leur succès dit probablement quelque chose de notre époque : face au stress, à l'anxiété, à la fatigue, aux périodes de transition, nous ressentons aussi le besoin de passer par le corps pour retrouver un équilibre psychique. C’était moins présent en France que dans les pays anglo-saxons pendant longtemps mais les choses changent. Et c’est très bien.
La véritable question n’est peut-être pas d'opposer le corps et la psyché, mais de comprendre comment ils peuvent travailler ensemble, vous ne croyez pas ?
Médecines « douces » et bien-être : un recours désormais fréquent
Il est difficile d'obtenir des statistiques parfaitement représentatives de la population française pour chacune de ces pratiques. Les enquêtes existantes doivent donc être interprétées avec prudence.
Le Baromètre du bien-être Resalib 2026, réalisé auprès de 2 373 répondants déjà relativement sensibilisés à ces approches, donne néanmoins une indication intéressante des pratiques recherchées :
34,5 % déclarent avoir consulté en sophrologie ;
29,6 % pour un massage bien-être ;
19 % pour du reiki ;
18,9 % pour du shiatsu.
Et 51,4 % des répondants déclarent consulter un praticien du bien-être entre deux et cinq fois par an. Ces chiffres montrent aussi quelles pratiques bénéficient aujourd’hui d’une notoriété plus marquée que d’autres.
On ne peut extrapoler ces chiffres à l'ensemble de la population française mais ils illustrent la place prise par ces pratiques dans les parcours individuels de bien-être.
Plus largement, le ministère de la Santé constate lui aussi le développement des PNCS en France, notamment dans les domaines du bien-être, de la nutrition et de l'accompagnement de certains symptômes.
Pourquoi un tel intérêt ?
Sans doute parce que ces pratiques répondent à un besoin très concret : se sentir « mieux ». Notamment dans un monde où la pression de l’incertitude et les inquiétudes augmentent.
Se sentir mieux : ce n'est pas rien !
Lorsqu'une personne se sent stressée ou anxieuse, son mal-être n'est pas uniquement « dans sa tête ». Même si les pensées, les « ruminations » se situent là, cela s’exprime aussi d’autres manières.
Le corps peut être tendu, la respiration se modifier, le sommeil perturbé. Certaines sensations corporelles peuvent devenir envahissantes ou des points de blocage peuvent apparaître dans le corps (épaules, nuque, dos, jambes…). Et on peut avoir l'impression de ne jamais vraiment redescendre.
Dans ces moments-là, certaines pratiques corporelles ou de relaxation peuvent contribuer à retrouver de l'apaisement, à porter attention à ses sensations et à reprendre contact avec son corps. Cet effet mérite d'être considéré pour ce qu'il est et est loin d’être négligeable.
L'apaisement peut permettre de récupérer, de prendre du recul, de retrouver de la disponibilité psychique et parfois simplement de recommencer à respirer un peu.
Pour autant, une question demeure : se sentir mieux signifie-t-il que l'on a travaillé sur ce qui nous faisait aller mal ? Pas nécessairement.
Soulager n'est pas toujours transformer
Imaginons une personne qui vit depuis plusieurs années avec une forte anxiété.
Un massage, une séance de sophrologie ou une pratique corporelle peuvent lui procurer une détente réelle. J’en suis d’autant plus convaincue que ces pratiques (mouvement, danse-thérapie) font partie de mes activités.
Mais si cette anxiété est notamment entretenue par une histoire traumatique, des schémas relationnels difficiles et répétitifs, une peur de l'abandon, des exigences très élevées envers soi-même, une faible estime de soi ou des conflits internes, l'apaisement corporel ne transforme pas nécessairement ces mécanismes. Il en atténue les effets et c’est déjà beaucoup, voire il peut atténuer, faire disparaître certains symptômes, ou faciliter le « faire avec » (le « coping » anglais).
On pourrait dès lors distinguer trois niveaux :
Soulager, se sentir mieux ;
Réguler, ralentir, atténuer ;
Transformer, passer à une nouvelle étape de vie.
Soulager, c'est diminuer momentanément l'inconfort. Réguler, c'est développer progressivement sa capacité à traverser une émotion, une activation corporelle ou une situation stressante sans être totalement débordé. Transformer, enfin, suppose parfois d'aller regarder ce qui se répète dans notre histoire, explorer nos croyances, nos schémas, nos blessures, nos mécanismes de défense, notre manière d'entrer en relation avec nous-mêmes et avec les autres.
C'est là que commence le travail psychothérapeutique. Il est plus long, plus ardu, plus engageant aussi.
Et si le corps préparait parfois le terrain ?
Il ne s’agit pas d’opposer pratiques corporelles et psychothérapie. Car lorsque la souffrance psychique est importante, il peut être difficile de réfléchir, de prendre du recul ou même de mettre des mots sur ce que l'on ressent. Et l'apaisement peut alors créer une forme de disponibilité.
J’ai récemment fait un rapprochement qui peut surprendre avec certains traitements médicamenteux : dans certaines situations cliniques, la diminution des symptômes peut permettre ou faciliter un travail psychothérapeutique. Médicament et psychothérapie peuvent constituer deux composantes complémentaires du traitement.
Dans cette optique, je me dis que le corps peut jouer lui aussi un rôle facilitant un travail en profondeur, en faire partie et en être complémentaire.
Mais il existe une différence essentielle entre utiliser le corps uniquement pour obtenir de la détente et l'intégrer au processus psychothérapeutique.
Quand le corps devient lui-même un espace de travail thérapeutique
Nous avons parfois tendance à imaginer la psychothérapie comme une personne assise face à une autre personne, parlant de ses pensées, de son histoire et de ses émotions. Revisitant parfois pour la énième fois un schéma délétère ou un trauma d’enfance. Et la parole est évidemment précieuse, c’est même l’un des ingrédients essentiels de la thérapie.
Mais nous ne vivons pas seulement notre histoire avec notre cerveau. Nous la vivons aussi dans notre corps.
Une émotion peut se manifester par une posture, une tension, une envie de fuir ou au contraire une sensation de sidération. Certaines personnes savent parfaitement expliquer intellectuellement ce qu'elles vivent… sans parvenir pour autant à ressentir ou à modifier leur manière d'y réagir.
C'est là que les approches psychocorporelles et la danse-mouvement-thérapie (DMT) deviennent intéressantes ! Et c’est pour cela que j’ai décidé d’en faire une composante concrète de ma pratique d’accompagnement.
Même si la recherche scientifique reste encore en construction et invite à la prudence, une méta-analyse publiée en 2026, portant sur 19 essais randomisés et 1 375 participants, observe une diminution significative des symptômes dépressifs associée aux interventions par la danse, ou la DMT. Les auteurs soulignent l'importante hétérogénéité des études et la nécessité de poursuivre les recherches.
Une autre revue de 2024 consacrée à la dépression résistante n'avait, elle, pas retrouvé de diminution statistiquement significative de la dépression ou du stress, mais suggérait une amélioration de la manière de le gérer. Apprendre certaines techniques très simples de mieux-être pour retrouver une forme de tranquillité est déjà une manière d’aller mieux. Agir, plutôt que subir.
Les résultats sont donc encourageants sur certains indicateurs, mais comme toute pratique corporelle elle ne peut se substituer aux prises en charge nécessaires. Elle peut en être un complément (dans le cas de traitements lourds tels que le cancer par exemple).
La danse-mouvement-thérapie : ne pas seulement apaiser le corps, mais l'écouter
C'est cela qui m'intéresse dans la danse-mouvement-thérapie. Il ne s'agit pas de savoir danser, il ne s'agit pas non plus de reproduire une chorégraphie. Le mouvement devient un moyen d'exploration. Exploration de soi, de son propre corps, de son rapport au monde, de son imaginaire… et travail réellement physique qui a des effets sur le système cardio-vasculaire et la production d’hormones liées au bien-être.
Quelques exemples :
· Comment j'occupe l'espace ?
· Comment je pose mes limites ?
· Qu'est-ce qui se passe lorsque je ralentis ?
· Lorsque je prends davantage de place ?
· Lorsque je lâche le contrôle ?
· Lorsque je suis en relation avec quelqu'un d'autre ?
Le corps ne donne pas magiquement « la réponse », mais il permet parfois de ressentir et d'expérimenter autrement ce que la parole seule ne parvient pas ou plus à faire bouger.
Et il permet de se reconnecter à soi, à ses ressentis, dans un espace dédié et sécurisé, d’oublier les préoccupations du quotidien, bref de se faire du bien.
Corps, créativité et mots : trois portes d'entrée vers soi
Pour toutes ces raisons, j’ai toujours senti que ma pratique de psychopraticienne ne séparerait pas le corps et la psyché. Nous sommes un et bien que la société occidentale et particulièrement la culture française nous aient transmis l’idée d’une séparation des deux, je suis convaincue du contraire.
En construisant ma pratique, j’ai donc naturellement combiné trois grandes portes d'entrée à soi et à l’inconscient :
Les mots, pour comprendre son histoire, identifier ses schémas, mettre en perspective ce que l'on vit, construire du sens ;
La créativité pour permettre à certaines représentations, émotions ou dimensions symboliques de s'exprimer autrement que par le raisonnement, de laisser sortir de soi des choses que parfois même on ignore ;
Le corps, par le mouvement, la danse-mouvement-thérapie, la respiration ou d'autres pratiques psychocorporelles, pour accueillir les sensations, expérimenter de nouvelles manières d'être et d'agir et se réancrer dans sa « corporalité » pour se sentir mieux.
Trois portes d'entrée vers une même intention : permettre à ce qui est vécu de trouver diverses formes d’expression.
Alors, médecines douces ou psychothérapie ?
Pourquoi choisir ?
Un massage peut faire beaucoup de bien sans avoir vocation à être une psychothérapie.
Une séance de sophrologie peut fournir des outils très utiles de relaxation ou de gestion du stress sans prétendre résoudre toute l'origine d'une souffrance psychique.
Et une pratique corporelle peut aussi, lorsqu'elle est intégrée dans un cadre psychothérapeutique adapté, devenir un véritable matériau d'exploration.
L'essentiel est sans doute de savoir ce que l'on vient chercher. Parfois, les sujets sont trop lourds ou la personne n’a pas l’envie de plonger dans des souvenirs difficiles, ou encore elle n’y est tout simplement pas prête.
Parfois, on a besoin de détente et de récupération ? A un autre moment, apprendre à mieux réguler mon stress et mes émotions ?
Le sentiment que quelque chose se répète dans notre vie peut nous amener au besoin d'en comprendre et d'en transformer les mécanismes. Ces besoins peuvent se succéder et ils peuvent coexister.
Il est important de rappeler que lorsque la souffrance devient importante, persistante ou s'accompagne de symptômes psychiatriques, une évaluation et une prise en charge par les professionnels de santé compétents restent indispensables.
Mais mon propos reste de dire que prendre soin de son corps peut nous aider à nous sentir mieux. Apprendre à l'écouter peut nous permettre de mieux nous comprendre.
Et parfois, le véritable travail commence précisément dans le dialogue entre le corps, les émotions et les mots.




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