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"je vais en parler à mon psy"


C'est en passant devant une affiche pour une pièce de théâtre que l'idée de ce post m'est venue. Comme beaucoup de professionnels de l'accompagnement, j'ai regardé la série "En thérapie" (dans sa version américaine avec Gabriel Byrne). Je me demandais comment ils allaient retranscrire ce qui peut se passer dans le cabinet d'un psy.

Si cette série n'est pas la première à aborder le sujet, elle nous emmène au plus près de cette réalité.

Je n'argumenterai pas sur les éventuels partis pris méthodologiques ou théoriques auxquels elle fait référence.

Non, ce que je trouve intéressant, c'est qu'elle démystifie et rend de fait plus envisageable, la perspective d'aller "voir un psy". Ce que le langage courant aime édulcorer en disant "voir quelqu'un".


Aller voir un psy, ce n'est pas pour les "fous", ni même réservé aux personnes sur qui un diagnostic psychiatrique a été posé.

Les troubles de la psyché se répartissent sur un continuum qui va de quelque chose de "léger" à "sévère", de "aigu" (temporaire mais intense) à "chronique" (plus ou moins intense mais constant dans la durée).


Si j'ai envisagé d'exercer un métier d'accompagnement de la personne humaine (psychothérapie, coaching), c'est bien parce qu'il me semble essentiel de pouvoir parler à quelqu'un d'extérieur, de neutre, et de formé, qui écoute, temporise, aide à prendre du recul, éduque (psycho-éducation), ou propose des activités très concrètes pour aller mieux (exercices, art-thérapie...).


Historiquement, de nombreuses raisons de ne pas le faire

Sans entrer dans un cours de psychologie, on peut néanmoins distinguer 3 niveaux de troubles : des troubles psychiatriques graves, nécessitant médication, suivi et parfois internement ; des troubles de la personnalité ou des difficultés psychologiques (dépression, troubles anxieux, addictions...) nécessitant également un suivi d'ordre médical ou paramédical ; des difficultés de vie temporaires ou des moments difficiles à traverser (deuil, perte de sens, burn-out, dépression légère, anxiété, confiance en soi, gestion du stress...) qui peuvent amener à consulter un professionnel pour rebondir et aller mieux.


Pendant des décennies, plusieurs facteurs ont contribué me semble-t-il à faire que des personnes qui n'allaient pas bien psychologiquement, prenaient sur elles et ne consultaient personne. Il est vrai aussi qu'il y avait moins de professionnels de ce domaine. On pensait d'emblée aux psychiatres, exerçant en milieu hospitalier ou en clinique, éventuellement aux psychologues.


Alors, pourquoi ne pas consulter :

  • Question de génération : on serre les dents, la vie est dure et c'est comme ça. Quand on discute avec des personnes des générations nées avant 1960/70, et à moins d'un intérêt porté au sujet, aller "voir un psy", c'était pour les "fous" ou les gens qui avaient "vraiment un problème". Cela pouvait être vu comme une faiblesse, une incapacité à se prendre en main, à régler ses problèmes. Par ailleurs, la société ou le cadre familial dessinaient une vie tracée d'avance.

  • Question de déni : "mais non, je passe juste par un petit moment de déprime mais ça va aller, je gère". Pas ici de question de génération, mais plutôt d'un rapport au monde centré sur une illusion de force, voire de toute-puissance et surtout une incapacité à considérer que parfois on peut aller moins bien ou rencontrer des difficultés.

  • Question de perception : "la thérapie, c'est pour les fous !". Je ne suis pas fou/folle, pourquoi j'irais consulter ? Position proche de celle des générations aujourd'hui âgées mais aussi de milieux sociaux pour lesquels on associe le "psy" au monde des troubles mentaux lourds.

  • Question de durée : la psychanalyse et ses années de divan ont longtemps fait croire qu'une thérapie cela dure forcément des années. On pense à Woody Allen ou à l'image de la cure psychanalytique qui ont contribué à donner cette image. Derrière la durée, la question de l'efficacité et... du coût que cela représente. Les égarements de Lacan en France n'ayant rien arrangé !

  • Question de confiance : dois-je vraiment faire confiance à une personne extérieure à mon cercle personnel pour lui raconter des choses extrêmement personnelles, voire intimes ?! Dans certaines familles, certains milieux, ne pas se dévoiler, ne pas parler de soi, s'en sortir "seul" est un élément central. Soit pour se prouver sa propre valeur, soit pour ne pas risquer d'attirer le regard d'autrui.


Banalisation ne signifie pas perte de valeur

Comme je le disais en introduction de cet article, le cinéma, la télévision, ont très largement démystifié et rendu compréhensibles, l'accompagnement en psychothérapie, et même en coaching. Dans certains cas pour jeter l'opprobre, à juste titre, sur des pratiques peu éthiques (vor .récemment "Gourou" avec Pierre Niney). Mais le plus souvent pour dédramatiser et montrer que chacun peut avoir besoin à un moment de sa vie (ou plusieurs) de se confier, de déposer son fardeau, de se libérer de blocages (émotionnels, psychiques et même parfois physiques dans le cas où les personnes somatisent des problèmes psychologiques). Ceci pour aller mieux, pour vivre mieux, pour se sentir en paix avec soi et avec son entourage.


Aller voir un professionnel de l'accompagnement (coach en développement personnel, psychologue, psychopraticien...) ne veut pas dire que vous êtes faible, sans ressource, "fou/folle". Cela peut durer quelques semaines à quelques mois, pas nécessairement des années. Vous pouvez choisir de cibler une difficulté temporaire "de surface" (ex : mieux gérer la relation avec votre chef ou diminuer votre stress au quotidien) ou d'investiguer quelque chose de beaucoup plus profond (manque d'estime de soi, quête de sens, sentiment d'isolement social...). C'est vous qui décidez.


Nous vivons dans un monde où dominent l'individualisme et une certaine injonction à l'autodétermination. Livré à lui-même, l'individu s'interroge bien plus que ne le faisaient les générations précédentes. Nulle surprise alors que se développent des métiers qui lui permettent d'être épaulé dans cette recherche, de mieux se comprendre, de s'orienter, d'explorer le sens qu'il souhaite donner à sa vie. On ne décide plus pour lui, mais cette liberté a son revers.

Et il est par ailleurs beaucoup plus facilement admis qu'une personne "normale" au sens psychiatrique du mot, puisse aller mal ou être en nécessité de se faire accompagner.

Nous avons tous le droit de nous sentir plus fragiles, en perte de sens, en perte d'équilibre, en recherche de soutien, en mal-être, en questionnement sur nous-même ou notre vie.

Aller voir un professionnel de l'accompagnement n'est pas un signe de "faiblesse", bien au contraire ! C'est un signe de lucidité, de prise en main de sa vie et de responsabilité… pour aller mieux !


Je suis heureuse d'être "la psy" ou "la coach" de toutes les personnes que j'ai accompagnées. Ravie qu'elles aient pu clarifier, débloquer, analyser, créer. Et qu'elles aient remis du mouvement dans leur vie.


(Crédit image : Image by Oliver Kepka from Pixabay)


 
 
 

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