Se brûler les ailes : le Syndrome d’Icare et l’épuisement des passionnés
- sandrarocquet
- 19 déc. 2025
- 4 min de lecture

Cette expression m'est venue après avoir lu un article très éclairant qui mettait en lien l'investissement dans le travail, lorsqu'on est passionné par ce que l'on fait, et le risque accru de burn-out ou d'épuisement professionnel. Et cela m'a beaucoup parlé à moi aussi ! Etant multiple et touche-à-tout, passionnée et enthousiaste, je n'échappe pas à ce risque. Pourtant, il ne s'est jamais manifesté. Pourquoi ?
Dans cet article, j’explore le "syndrome d’Icare", comme j'ai eu envie de l'appeler. Une métaphore inspirante pour comprendre le sur-engagement professionnel et l’épuisement (*). En tant que coach en développement personnel et thérapeute, j’accompagne les personnes passionnées qui risquent de se brûler les ailes…
Car nous en connaissons tous, des "Icare" potentiels, nous en avons côtoyé et nous avons parfois assisté, impuissants et tristes, à leur chute.
Ce qui nous met en risque de burn-out (épuisement professionnel)
La passion "combustive"
Lorsque l’on est passionné.e, on investit généralement toute son énergie, sa force vitale, dans ce qui nous porte et nous fait vibrer ou nous anime. Mais on confond alors élan vital et besoin de performance. La flamme qui nous porte devient une flamme qui réclame toujours plus de combustible et qui vient puiser petit à petit dans nos réserves, même les plus profondes. Le risque est d'abandonner toute lucidité parce que le sens que l'on trouve à l'action compense la consommation de notre énergie personnelle.
Il est important de distinguer entre la quête de sens comme moteur sain, versus la compulsion de “prouver” ou de “se dépasser” constamment. Un discours très présent dans notre société qui survalorise la "performance".
L'illusion de l'invincibilité
Comme Icare, animé d’un sentiment d’euphorie et d’omnipotence, nous oublions que le corps et le psychisme ont leurs limites.
Nous pensons alors : “Je tiendrai”, “Je gère”, “C’est juste une période intense” — jusqu’à ce que la réalité impose un arrêt brutal. Surtout si l'on n'écoute pas les signes précurseurs que nous envoie notre corps ! (Problèmes de sommeil, anxiété, stress permanent, impression d'être en retard sur tout ou que tout se mélenge dans notre tête).
La confusion entre identité et performance
Plus on monte haut, plus le travail devient un miroir identitaire. Ce n’est plus ce que je fais, mais qui je suis. Le travail n'est plus uniquement un travail mais l'image de soi que l'on renvoie au monde.
Dans ce piège, ralentir devient menaçant, car cela revient à “descendre” ou “décevoir”. Qu'il s'agisse d'exigences intégrées et liées à notre enfance ou notre adolescence, ou d'exigences liées à une volonté de prendre sa revanche socialement parlant par exemple.
Le déni des limites, la peur de redescendre
Dans le mythe, Icare ne désobéit pas par arrogance, mais par ivresse et insouciance, par envie de se prouver quelque chose et de se griser des sensations que cela lui procure.
De la même façon, dans la vie professionnelle, l’épuisement vient souvent d’un déni de fatigue, non pas par bêtise, mais par amour : amour du métier, de l’équipe, du projet, de l’impact, de l'adrénaline parfois ou du plaisir à relever des défis.
L'Analyse Transactionnelle nous propose 5 "drivers", ou petites voix intérieures qui nous poussent à agir d'une certaine manière : sois fort, fais des efforts, fais plaisir, sois parfait et dépêche-toi.
Au-delà des éléments ci-dessus et si vous pensez que ce syndrome d'Icare vous guette, demandez-vous si au moins 1 voire 2 de ces "petites voix" vous intiment de continuer, d'aller toujours "plus loin", "plus haut", plus fort", "plus vite"...
Comment s'en prémunir
En tant que coach en développement personnel et thérapeute, je vois au moins 4 moyens d'éviter le risque de retomber violemment au sol comme l'a vécu Icare.
Ecouter son corps... avant que le corps crie
Notre corps est une boussole. Il nous indique là où nous en sommes et quand quelque chose de ne va pas. Vous pouvez par exemple...
Faire des micro-pauses d’observation du souffle et prendre le temps de respirer pleinement,
Vérifier la tension dans la nuque / thorax et faire quelques mouvements de yoga, d'assouplissement ou juste bouger,
Noter régulièrement votre état d’énergie sur 10... et adapter votre effort en fonction !
Pratiquer un sport, une activité artistique, marcher, respirer en plein air... pour calmer votre système nerveux
Renégocier ou réinterroger sa relation au travail
Plutôt que voir le travail comme un sommet à conquérir, le considérer comme un terrain d’exploration. Quelques questions pour vous aider à prendre du recul :
Qu’essayez-vous de prouver ?
À qui ?
Qu’est-ce qui compte vraiment dans votre contribution ?
Jusqu'où pouvez-vous aller... sans vous auto-détruire ?
S'autoriser des altitudes variables
Un vol sain n’est jamais linéaire. Parfois on monte, parfois on plane, parfois on redescend. Et cette manière de prendre l'effort doit tenir compte de plusieurs critères : quel moment dans l'année, ce qu'il se passe dans votre vie, où en êtes-vous dans votre trajectoire professionnelle...
Quelques idées :
Alternez les cycles d’effort et les moments de récupération,
Pratiquez les moments “haute intensité” et les semaines “basse altitude” (plus tranquilles), sur une semaine voire à la journée,
Posez des limites claires (horaires, notifications coupées, plages de repos,...)
Se faire accompagner pour réexplorer la source du feu (sa motivation)
La passion devient destructrice quand elle n’est pas reliée à un sens profond. Et ce sens doit nous animer en profondeur, pas nous amener à griller toutes nos cartouches !
Un professionnel de l'accompagnement vous permet de :
Reconnecter la passion à quelque chose d’ancré, d'équilibré,
Reconstruire le sens dans l’action, en mesurant ou en ciblant mieux l'effort,
Apprendre à écouter les signaux faibles de l’épuisement et se faire du bien.
N'attendez pas que l'épuisement professionnel vous tombe dessus pour en parler à un coach ou un thérapeute !
Quelques signes sur lesquels rester vigilant.e :
fatigue persistante
troubles du sommeil
surmenage émotionnel
perte de plaisir au travail
tension corporelle
difficulté à décrocher
Parlons-en : https://www.coherentia.fr/coaching-individuel
Et pour en savoir plus sur ce sujet : https://www.inrs.fr/risques/epuisement-burnout/ce-qu-il-faut-retenir.html
(*) Du nom de ce personnage mythologique, fils de l'architecte Dédale qui a voulu voler et s'approcher du soleil mais dont les ailes se sont disloquées lorsque la cire qui tenait les plumes a fondu sous la chaleur de ses rayons.



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